Chroniques
(Hiver 2025) No. 279
(Texte) Emma June Huebner

Un héritage vivant : 70 ans de la Société canadienne de l’éducation par l’art

En 2025, la Société canadienne de l’éducation par l’art (SCÉA/CSEA) souffle ses 70 bougies. Depuis sept décennies, cet organisme pancanadien, unique en son genre, œuvre à promouvoir et à développer l’éducation artistique dans toutes ses formes et dans tous les co n textes. Fondée en 1955 à Québec par Charles Dudley Gaitskell, artiste et enseignant originaire de la Colombie-Britannique, la SCÉA rassemble des éducateur·rice·s en arts visuels du primaire, du secondaire, du collégial et de l’université ainsi que des milieux communautaires et institutionnels. Animée par la conviction que les arts transforment les individus autant que les collectivités, la Société a su, au fil des années, tisser un réseau engagé d’enseignant·e·s, d’artistes et de chercheur·euse·s d’un océan à l’autre.

J’ai convergé vers la SCÉA pour la première fois en 2020, au début de mes études supérieures et de ma carrière en tant qu’enseignante d’arts médiatiques au secondaire. En pleine pandémie, l’organisme mettait de l’avant des initiatives innovantes pour rassembler les enseignant·e·s d’est en ouest, notamment par l’entremise de l’exposition virtuelle Naviguer ensemble, dans laquelle des artistes-pédagogues du pays ont partagé leurs œuvres et réflexions (figure 1). Depuis ce moment marquant, je m’implique activement au sein de l’organisation, aujourd’hui à titre de directrice des projets nationaux. La SCÉA m’a soutenue à chaque étape de mon développement professionnel, autant comme enseignante qu’à titre de chercheuse.

La SCÉA défend la conviction que les arts ont le pouvoir de transformer à la fois les individus et les collectivités. Elle œuvre sans relâche pour faire valoir la place de l’éducation artistique dans les politiques publiques, le développement professionnel et les pratiques pédagogiques à travers le territoire. Or, malgré l’intégration officielle des arts au curriculum scolaire, de nombreux défis dénoncés dès la Politique nationale de l’éducation artistique en 1997 demeurent toujours d’actualité. Trop souvent, les arts plastiques sont enseignés par des non-spécialistes, les groupes-classes sont surchargés et l’importance des arts pour les élèves en adaptation scolaire reste sous-estimée.

Parmi les nombreuses initiatives marquantes de la SCÉA, le projet (In)signifiant illustre l’engagement de l’organisme envers une éducation artistique participative, inclusive et ancrée dans les réalités des jeunes (figure 2). J’ai mené ce projet dans le but que la SCÉA touche aussi directement les élèves dans les écoles. Bien souvent, ils·elles créent des œuvres, mais n’ont pas les moyens de les présenter dans un véritable contexte d’exposition. (In)signifiant leur a offert cette occasion rare : se former à toutes les étapes du commissariat d’exposition grâce à des rencontres bimensuelles et à des ateliers animés par des expert·e·s. Les jeunes commissaires ont tout décidé, passant du choix du thème jusqu’à la rédaction de l’appel à participation et à la sélection des œuvres par un jury composé de jeunes. Présentée simultanément en ligne et au Musée d’histoire naturelle de Halifax, en Nouvelle-Écosse, cette exposition nationale, réalisée en 2024 par et pour des adolescent·e·s, leur a permis d’explorer, d’exprimer et de questionner ce qui est souvent considéré comme « insignifiant ». En réunissant des jeunes de diverses régions du pays, le projet a mis en valeur leurs voix, leurs perspectives esthétiques et leurs préoccupations sociales, tout en les initiant à des compétences professionnelles concrètes. (In)signifiant démontre le pouvoir de l’éducation artistique pour créer des ponts entre générations, stimuler l’esprit critique et reconnaître la richesse des savoirs plus novices au sein des institutions culturelles.

À l’occasion de son 70e anniversaire, la SCÉA organise, sous la direction de Marzieh Mosavarzadeh, un autre événement spécial afin de célébrer son histoire et d’imaginer collectivement son avenir. En novembre 2025, un rassemblement en ligne a réuni des artistes, des chercheur·euse·s et des enseignant·e·s en arts, ainsi que des étudiant·e·s des cycles supérieurs, autour d’une série de dialogues intergénérationnels. Structuré selon les enseignements des sept directions sacrées (est, sud, ouest, nord, au-dessus, en dessous et le centre), repères spirituels et symboliques enracinés dans les traditions autochtones d’Amérique du Nord, et en écho aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, cet événement se veut une marche métaphorique, critique et créative à travers les enjeux passés, présents et futurs de l’éducation artistique. Inspiré par les quatre grandes questions posées par l’honorable Murray Sinclair, ancien sénateur du Canada – Qui suis-je ? D’où viens-je ? Pourquoi suis-je ici ? Où vais-je ? –, ce moment de réflexion et de partage invite la collectivité à rêver ensemble à ce que pourrait devenir l’éducation artistique pour les 70 prochaines années. 

(Photo) Œuvres réalisées par Anna Sophia Ledwell MacInnis, Aylin Kohan, Charlie McGowan, (Charlie) Taea Diamantis, Jesse Miletin, Jordyn Cochlan, Lily Johnston, Sofia Lebovics, Tommy Everson G. Manuel et Veda Jane. Avec la participation des commissaires : Farrah Wise, Éléonore Cossette, Cleo Ki, Soraya Patel, Sofia Lebovics, Ian Min, Sarah Keels, Jamie-Louise Dalpé et Trinity Skinned
 

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