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(Œuvre en bandeau) Charles Guilbert, Menus rubis (2005). Dessin. Courtoisie de l'artiste

La fin de notre première conversation1 nous a fait entrevoir un rapport à l’informe dans le travail en duo… Reste à définir ce que nous entendons par là. Pour ma part, je vois l’informe dans le désir de sortir de soi, de quitter son enveloppe – sa forme, comme sa formation – afin d’aller vers quelque chose d’inconnu, d’indéfini, d’incontrôlé. Par la force des choses, en binôme, le processus de création – avec ses détours, ses ratages, ses trouvailles, ses filons – s’expose, s’extériorise et, en quelque sorte, se théâtralise. En duo, on prend pleinement conscience du fait que le trajet est fluctuant, dérivant, mû par une logique incluant l’illogique, la contradiction, l’ellipse, la condensation… La création en duo, en tout cas telle que je la vis, est un art en soi. Une sorte de performance privée. Une rencontre dont l’intensité et l’étrangeté sont en elles-mêmes radicales. Ce qui résulte de la traversée conjointe des tourments et des épiphanies, c’est une soudure inouïe. Le produit final reste secondaire pour moi.
Dossiers
« La conscience de soi ne s’exprime que par contraste. Je n’emploie je qu’en m’adressant à quelqu’un qui sera dans mon allocution un tu. C’est cette condition de dialogue qui est constitutive de la personne, car elle implique en réciprocité que je deviens tu dans l’allocution de celui qui à son tour se désigne par je. […] C’est dans une réalité dialectique englobant les deux termes et les définissant par relation mutuelle qu’on découvre le fondement linguistique de la subjectivité1. »
Essais
Quand je repense aux nombreuses œuvres et expositions vues en 2025, ce sont paradoxalement les plus évanescentes, les plus ténues qui me reviennent en tête. Comme si, devant la surcharge de stimulations et d’informations que l’on subit quotidiennement, seule « l’immersion faible », comme la nomme l’artiste Grégory Chatonsky, nous permettait de retrouver un rapport sensible au monde. Ce dernier écrit : « Les immersionismes faibles tentent de remédier au caractère totalisant de l’immersion en transformant la palpitation externe […] en une expérience interne ou esthétique qui consiste à sortir du sentiment immersif au moment même de son expérience par la réflexion et la mise à distance du sujet qui perçoit. »
Lectures
Le travail de l’artiste Stéphane Gilot est fondé sur une vive tension : il se présente comme schématique, géométrique, fondamentalement visuel et cérébral, mais on le découvre aussi foisonnant, viscéral, nourri de littérature et attentif à la fragilité des êtres humains. L’orbe dérobé, magnifique exposition qu’il a présentée au Centre d’art contemporain Optica à Montréal au printemps 2025, révélait cette duplicité. Au centre de la salle, huit sculptures minimalistes colorées reposaient sur un grand socle en bois, tandis que sur les murs tout autour vibraient des centaines de dessins fébriles assemblés en séries, où l’on percevait autant des constructions improbables que des personnages se trouvant dans des situations troublantes. Paradoxale à première vue, cette rencontre entre une architecture d’inspiration suprématiste et un imaginaire surréaliste fait sentir l’angoisse que sous-tend toute utopie.
Chroniques
Plutôt que de s’inspirer des partis pris formels de ce peintre comme l’ont fait plusieurs artistes, Lanctôt a choisi de relever à sa manière un défi que Molinari s’est donné en 2003, vers la fin de sa vie : concevoir un ensemble de tableaux en lien avec l’œuvre poétique de Stéphane Mallarmé. Le…
Visites
En tant que performeur, on l’a souvent vu se dénuder et mettre son corps à l’épreuve, jusqu’à se blesser; pour tape (1999), par exemple, il avait couvert son corps de ruban adhésif, qu’il arrachait, stoïque, suscitant la compassion du public. Dans son travail récent, les thèmes de la fragilité, de…
Chroniques
Mon regard court partout dans cette composition baroque où abondent les gestes, les styles et les signes. «Normalement, les artistes évitent d’être trop généreux. Ils enlèvent des éléments. Pas moi.», me dit Wainio, sourire en coin. Du même souffle, elle me confie que ses tableaux sont…
Lectures
Martin Dufrasne (dir.) (2022). SATELLITE, une décennie d’explorations transcontinentales. Montréal : DARE-DARE, 420 p., ill. En plus de rendre compte du travail des treize artistes québécois, états-uniens et mexicains ayant séjourné dans l’une ou l’autre des régions le temps d’une résidence de…
Lectures
Adam Leith Gollner (2022). The Mystery of—In conversation with the Sanchez Brothers. Montréal : Anteism Books, 81 p., ill. Conception graphique du Studio Feed. Photo : Vincent Castonguay. Courtoisie du photographe Cet ouvrage remarquable écrit par Adam Leith Gollner possède de nombreuses qualités.…
Perspectives
« [L]a notion même d’accident risque de se dissoudre tant elle semble immanente au réel, écrit l’historien de l’art Patrice Loubier. Serait accident tout ce qui arrive, tout ce qui survient (c’est le sens du mot latin accidere), et l’accident semble ne plus désigner rien d’autre que l’incessante et…