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Portraits
J’ai eu la chance de rencontrer Françoise à quelques reprises avant de visiter son atelier. La première fois, c’était lors du vernissage de l’exposition do it Montréal, dont je réalisais le commissariat, à la Galerie de l’UQAM en 20161. À l’idée de la directrice Louise Déry, nous avions invité Mme Sullivan (comme je l’appelais à l’époque) à performer une partition chorégraphique de Paul-André Fortier2. Venant du monde de la danse et sachant qu’elle n’avait pas performé en public depuis les années 1950, je me rappelle avoir été complètement frappée d’admiration. La trace photographique qui subsiste de cette interprétation ouvre une brèche dans le corpus essentiellement pictural qu’elle déploie depuis les années 1980. Une marque, une danse, comme atemporelle.
Dossiers
Quand nous parlons de Françoise Sullivan avec nos collaborateur·rice·s, il n'est pas rare qu'on nous raconte une anecdote à propos d'une rencontre ou d'une relation avec l'artiste comme si tout le monde du milieu de l'art avait déjà croisé son chemin. Nous vous présentons ici quatre témoignages qui réflètent quatre facettes de Françoise Sullivan, de son œuvre et de son impact dans la communauté artistique (mais pas que).
Perspectives
Amorcée il y a un peu plus de 25 ans, la transition numérique dans laquelle s’est engagé le milieu culturel – visant notamment à accroître la visibilité et à assurer la pérennité des périodiques québécois – est aujourd’hui pratiquement achevée. Allant de la simple présence sur les réseaux sociaux à la mise à disposition de l’entièreté des catalogues des éditeur·rice·s de revues en libre accès, toutes les revues culturelles sont désormais présentes, d’une manière ou d’une autre, sur le Web.
Lectures
"nos suppressions" débute par le détail d’une feuille cornée. Un papier sans texte ni motif, aux contours altérés, est placé en couverture du livre sans rien énoncer. Cette apparition dépourvue de titre et de noms est le premier geste de Céline Huyghebaert pour nous faire entrer dans les 250 pages de ce livre-objet. Ce dernier nous offre une plongée dans le travail qui a occupé l’artiste entre 2016 et 2025. Elle y poursuit la tentative de constituer une archive fictive de l’artiste a., figure principale du livre aux côtés de la narratrice Céline Huyghebaert. La correspondance, les fragments littéraires et visuels, la citation et l’écriture au « je » tracent une suite de segments discontinus, comme autant de pointillés. L’artiste défait l’écriture linéaire d’une existence artistique en y intégrant ce qui n’a pas été réalisé : des œuvres fantômes dont elle cherche les absences. À partir de cette part manquante, Céline Huyghebaert s’attelle à donner une place à ce qui n’apparaît pas.
Chroniques
Depuis le début de ma pratique en enseignement des arts visuels et médiatiques, j’ai eu le plaisir de mener une vingtaine de projets collaboratifs avec des artistes, d’abord en classe et dans la communauté, puis au sein de la galerie d’art en milieu scolaire L’exposant X1. Ces expériences m’ont permis de constater l’effet de ces rencontres sur l’engagement artistique et social des élèves, tout en soulevant des questions quant au cadre de création offert aux artistes en contexte scolaire.
Visites
C’est sous le signe du rêve que se présente l’exposition consacrée aux œuvres de l’artiste Louise Robert. D’entrée de jeu, le commissaire Michel Huard invite à Rêver Louise Robert, alors que plusieurs tableaux affichent le mot rêve, véritable leitmotiv, voire injonction quant à la manière d’entrer en contact avec son travail. Sans doute est-ce parce que le parcours proposé est à la fois rigoureux et fluide que le rêve peut s’immiscer dans une déambulation où l’imagination est continuellement nourrie, dans un cadre pourtant structuré. La présentation invite à la flânerie et au plaisir de la découverte. Dans L’art : une histoire d’expositions (2009), l’auteur Jérôme Glicenstein rappelle que la salle d’exposition agit comme un espace de jeu, tandis que la scénographie, en tant que marqueur symbolique, oriente les publics quant à l’attitude à adopter et à la façon de tirer parti des codes mis en place.
Visites
L’Histoire, parfois, se tait. Des récits de revendication et d’émancipation se dissimulent sous la gravité des discours dominants. Pourtant, il arrive que ces histoires ténues d’espoir affleurent à travers les sédiments du sol, dans des interstices à déterrer ; parmi des coquilles, au centre des noyaux. Le projet In the Underbelly of a Kernel de la prodige Eve Tagny, présenté à l’association d’art Westfälischer Kunstverein, en Allemagne, fait écho à la propension de l’artiste à implanter des jardins dans des espaces d’exposition. Elle conçoit cet espace comme un système symbolique sillonné par la mémoire, les cycles des saisons et les dynamiques de pouvoir, notamment celles issues des histoires coloniales et de leurs douloureux héritages. Pour Tagny, ces terreaux fertiles disent tout : ils exhument les silences, et la vérité (re)prend alors vie.
Visites
Ce qui nous lie, Marc-Antoine K. Phaneuf et moi, hormis le fait que nous ayons étudié ensemble en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), c’est notre intérêt commun pour le hockey. Adolescente, j’étais fascinée par le décorum et le style « vestons-cravates » des hockeyeurs. Mon père, arbitre et joueur, m’expliquait alors que le protocole est très important au hockey et que les joueurs doivent incarner le sérieux du sport et l’investissement qu’il requiert, en plus d’être dignes de la figure iconique qu’ils endossent. Dès lors, j’associe protocole et habits du dimanche : deux éléments qui nous ramènent à l’artiste toujours tiré à quatre épingles.
Visites
Si le deuil est un processus d’adaptation face à la perte et au changement, le deuil écologique, quant à lui, touche le trépas de l’environnement naturel tel qu’on l’a connu. Cette notion est le fil conducteur de l’exposition collective d’une poignée de terre, in a handful of soil, une proposition audacieuse de la commissaire Noémie Fortin, conçue sous la forme d’un parcours prenant racine au centre Adélard et se déployant dans cinq sites funéraires du village de Frelighsburg, en Estrie. Spécialisée dans l’art écologique hors institution, Fortin explore ces espaces en tant que lieux liminaires – entre vie et mort, visible et invisible, pérenne et éphémère.
Visites

 

(Exposition) YANN POCREAU
de légers décalages
Galerie Blouin-Division, Montréal.  
Du 11 septembre au 1er novembre 2025

L’inattendu, la surprise, le hasard bien fait : autant de moments décisifs, fréquemment espérés, au cours d’un processus de recherche artistique. Bien que l’on puisse commencer avec une idée précise, une hypothèse, la démarche devient d’autant plus intéressante lorsqu’elle s’ouvre à l’imprévu et à la découverte fortuite. Cette sérendipité s’observe souvent dans le travail de Yann Pocreau ; elle en constitue même parfois le point de départ. Incontestablement, le sujet principal qui traverse les œuvres de l’artiste depuis plusieurs années est celui de la lumière. Quoi de plus étonnant et de plus versatile que ses effets sur les surfaces matérielles et immatérielles de ce monde ?