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Détours de l'été
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Les mains dans un buisson, je cueille des feuilles de persil de mer et des pétales de rose avec précaution. Le soleil plombe tandis que, entourée de vesce jargeau, de marguerites et de sapins, j’aperçois au loin, d’une part le fleuve, et de l’autre, les montagnes, que j’ai traversées en parcourant la route 138 pour venir à la rencontre de Karine Locatelli et du territoire qui l’accueille. Alors que nous cueillons et discutons, les abeilles bourdonnent, le vent souffle dans les arbres, l’odeur saline du fleuve effleure nos narines. Charlevoix s’invite dans la conversation. 
Détours de l'été
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En parcourant le vaste matériel éditorial produit au fil de plus de 40 ans par le 3e impérial, j’ai été frappé par une phrase qui m’est restée en mémoire : « Il faut déplacer les montagnes pour qu’on puisse voir nos sommets1. » Si elle visait initialement la démarche d’un artiste en particulier, elle traduit l’essence même du travail magistral mené par le centre d’artistes autogéré : une transformation matérielle et symbolique du territoire par une approche contre-monumentale. Premier centre d’artistes au Québec à avoir délaissé sa galerie, le 3e impérial s’est installé en 1984 dans l’ancienne usine d’Imperial Tobacco, à Granby, en Estrie. C’est de ce territoire qu’il a développé une approche singulière de l’art infiltrant, fondée sur des résidences, des collaborations et des processus à long terme qui interrogent les façons d’habiter un territoire. 
Détours de l'été
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Tous les matins, pendant douze jours, j’ouvre la porte de la Maison Saint-Dilon, située à Natashquan, sur la Côte-Nord. J’entre dans une modeste maison aux bardeaux de cèdre rouge dressée devant le golf du fleuve Saint-Laurent, au milieu du village, entre les cabanes colorées et les dunes. Le poids de mon corps fait craquer les vieilles planches de bois et me rappelle que, pour que la maison rouge subsiste, il faudra un jour la soulever de terre tout entière. Ses fondations se fatiguent. Je me mets à imaginer la maison léviter doucement, face à la mer, révélant le sol de sable sur lequel elle repose. Une sorte de petit miracle.
Récits visuels
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Plonger dans la couleur, me laisser envelopper par sa présence, caresser par sa matérialité mouvante et accepter de ne poser aucune résistance ; ne faire qu’un avec elle.
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Françoise Sullivan incarne une reconfiguration contemporaine du récit de l’art moderne. Artiste interdisciplinaire, active en danse, peinture et sculpture, elle apparaît aujourd’hui comme une pionnière du travail in situ et de la performance. Sa reconnaissance tardive témoigne d’un déplacement historique : une œuvre longtemps tenue en marge occupe désormais une place centrale. Son parcours invite à relire l’histoire de l’art depuis une perspective féminine et à interroger la légitimation progressive de pratiques hybrides plus près de la vie, jadis tenues à l’écart, désormais présentes dans le champ de l’art contemporain. À partir de Danse dans la neige (1948) et de son inscription au sein du groupe automatiste, cet article examine les hiérarchies de médiums qui ont façonné le canon moderne et contribué à la minorisation de disciplines et de pratiques. Il ne propose pas une lecture exhaustive du travail de Sullivan, mais une réflexion générale sur les modalités d’écriture de l’histoire depuis des postures féministes et performatives.
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Mes pas d’enfant ont foulé un pays de sols dansés. Il est de ces lieux qui savent garder les traces, qui ont un ciel assez vaste pour faire siffler la mémoire. Bordé par la rivière, l’espace de rencontres et d’émulsions où une génération s’est imaginée, repensée, définie se tient encore, comme immuable. Figé, son mobilier confectionné à l’École du meuble, dont persiste le style Art déco, résiste au passage du temps, veillé par l’équipe du Musée des beaux-arts de la ville – dont j’ai fait partie – qui s’emploie à faire vivre à la maison une traversée intemporelle. Borduas y a vécu, et sa pensée résonne encore.
Portraits
J’ai eu la chance de rencontrer Françoise à quelques reprises avant de visiter son atelier. La première fois, c’était lors du vernissage de l’exposition do it Montréal, dont je réalisais le commissariat, à la Galerie de l’UQAM en 20161. À l’idée de la directrice Louise Déry, nous avions invité Mme Sullivan (comme je l’appelais à l’époque) à performer une partition chorégraphique de Paul-André Fortier2. Venant du monde de la danse et sachant qu’elle n’avait pas performé en public depuis les années 1950, je me rappelle avoir été complètement frappée d’admiration. La trace photographique qui subsiste de cette interprétation ouvre une brèche dans le corpus essentiellement pictural qu’elle déploie depuis les années 1980. Une marque, une danse, comme atemporelle.
Dossiers
Quand nous parlons de Françoise Sullivan avec nos collaborateur·rice·s, il n'est pas rare qu'on nous raconte une anecdote à propos d'une rencontre ou d'une relation avec l'artiste comme si tout le monde du milieu de l'art avait déjà croisé son chemin. Nous vous présentons ici quatre témoignages qui réflètent quatre facettes de Françoise Sullivan, de son œuvre et de son impact dans la communauté artistique (mais pas que).
Perspectives
Amorcée il y a un peu plus de 25 ans, la transition numérique dans laquelle s’est engagé le milieu culturel – visant notamment à accroître la visibilité et à assurer la pérennité des périodiques québécois – est aujourd’hui pratiquement achevée. Allant de la simple présence sur les réseaux sociaux à la mise à disposition de l’entièreté des catalogues des éditeur·rice·s de revues en libre accès, toutes les revues culturelles sont désormais présentes, d’une manière ou d’une autre, sur le Web.
Lectures

(Livre) Céline Huyghebaert, "nos suppressions" 
(Montréal : Éditions Artexte, 2025), 250 p.

"nos suppressions" débute par le détail d’une feuille cornée. Un papier sans texte ni motif, aux contours altérés, est placé en couverture du livre sans rien énoncer. Cette apparition dépourvue de titre et de noms est le premier geste de Céline Huyghebaert pour nous faire entrer dans les 250 pages de ce livre-objet. Ce dernier nous offre une plongée dans le travail qui a occupé l’artiste entre 2016 et 2025. Elle y poursuit la tentative de constituer une archive fictive de l’artiste a., figure principale du livre aux côtés de la narratrice Céline Huyghebaert. La correspondance, les fragments littéraires et visuels, la citation et l’écriture au « je » tracent une suite de segments discontinus, comme autant de pointillés. L’artiste défait l’écriture linéaire d’une existence artistique en y intégrant ce qui n’a pas été réalisé : des œuvres fantômes dont elle cherche les absences. À partir de cette part manquante, Céline Huyghebaert s’attelle à donner une place à ce qui n’apparaît pas.