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(Œuvre en bandeau) Charles Guilbert, Menus rubis (2005). Dessin. Courtoisie de l'artiste
La fin de notre première conversation1 nous a fait entrevoir un rapport à l’informe dans le travail en duo… Reste à définir ce que nous entendons par là. Pour ma part, je vois l’informe dans le désir de sortir de soi, de quitter son enveloppe – sa forme, comme sa formation – afin d’aller vers quelque chose d’inconnu, d’indéfini, d’incontrôlé. Par la force des choses, en binôme, le processus de création – avec ses détours, ses ratages, ses trouvailles, ses filons – s’expose, s’extériorise et, en quelque sorte, se théâtralise. En duo, on prend pleinement conscience du fait que le trajet est fluctuant, dérivant, mû par une logique incluant l’illogique, la contradiction, l’ellipse, la condensation… La création en duo, en tout cas telle que je la vis, est un art en soi. Une sorte de performance privée. Une rencontre dont l’intensité et l’étrangeté sont en elles-mêmes radicales. Ce qui résulte de la traversée conjointe des tourments et des épiphanies, c’est une soudure inouïe. Le produit final reste secondaire pour moi.
(Photo) LM CHABOT
Il vaut mieux être seul·e que mal accompagné·e. Bien qu’il s’agisse d’un dicton populaire, parfois jugé dépassé, cet adage traverse les époques sans jamais perdre de sa pertinence. Mais qu’en est-il des bénéfices d’un binôme choisi, de l’expérience conjointe, du parcours partagé ? Que signifie « être à deux » – amicalement, amoureusement ou professionnellement – que ce soit dans la durée ou de manière ponctuelle ?