Duo
Devant nos dispositifs écraniques, les fils personnalisés et autoréférentiels de nos réseaux sociaux scénarisent des subjectivités isolées, sommées de se raconter pour mieux optimiser la mise en scène de son identité ; se rendre visibles, lisibles et performant·e·s. Scroller et liker, sans fin, pour tenter d’appartenir un peu plus à un monde qui tient dans le creux les…
Devant nos dispositifs écraniques, les fils personnalisés et autoréférentiels de nos réseaux sociaux scénarisent des subjectivités isolées, sommées de se raconter pour mieux optimiser la mise en scène de son identité ; se rendre visibles, lisibles et performant·e·s. Scroller et liker, sans fin, pour tenter d’appartenir un peu plus à un monde qui tient dans le creux d’une main. Même les espaces collectifs sont traversés par des logiques de distanciation et de simultanéité sans rencontre. Les milieux dans lesquels nous évoluons valorisent l’initiative individuelle, la compétitivité et la productivité mesurable. Ce régime compose des rapports sans « nous », centrés sur l’ego, l’autonomie, la distinction et la signature.
Être à deux soulève des interrogations essentielles quant aux modes d’existence et aux processus créatifs que le duo implique. Comment le « je » se reconfigure-t-il dans le travail avec l’autre ? Qu’en est-il de l’égalité ou de l’autorité partagée ? Au-delà des bénéfices manifestes – entraide, mise en commun des savoirs, hybridation des pratiques et dialogue des idées –, comment cette entité trouve-t-elle son identité et unit-elle son imagination et son geste artistique ?
Penser en tandem aujourd’hui, c’est (sur)vivre et (co)exister pour mieux résister. C’est aussi ouvrir un espace d’échange, de partage et de conciliation. Véritable entité relationnelle, l’équipe formée doit oser confronter les divergences et les intentions respectives des membres. La création en duo implique d’accepter résolument les écarts de points de vue et d’œuvrer dans un entre-deux où les rôles se redéfinissent constamment. À deux, il ne s’agit ni d’additionner ni de multiplier, mais de composer et de s’engager avec l’autre.
Dans les pages de ce dossier, les mots et les images se révèlent en des repères relationnels témoignant, ici et maintenant, autant des filiations que des tensions, des compromis que des complicités.Car créer en dyade, c’est refuser de traverser le monde seul·e.