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Denise Desautels, Elle, Ulysse (Montréal : Le Noroît, 2025), 128 p. Avec des œuvres de Stéphanie Béliveau

« Un retour », indique le sous-titre d’Elle, Ulysse, dernier livre de Denise Desautels, paru au Noroît en 2025. Ce ne sont donc pas les tribulations de l’Odyssée, mais le retour suivant le long voyage qui occupe la poète montréalaise, maintenant octogénaire. Sauf qu’à la faveur de ce récit en éclatants poèmes phrasés, Ulysse ne retrouve pas son épouse, qui tisse avec ruse pour meubler le long temps de l’attente, mais sa mère tirant les fils d’une fille qu’elle veut « marionnette » (p. 45), incarnant des valeurs étriquées : « savoir-vivre bon langage bonnes manières/discrétion usage convenance/décence silence/Étiquette » (p. 55). Car Ulysse est une femme, comme l’Homère morte de l’écrivaine Hélène Cixous, et le projet d’écrire sur la vieillesse au féminin devient ici un grand ménage dans les « retailles à découdre » de la relation entre mère et fille-écrivaine. Plongée dans cette mythologie intime, cette « odyssée du dedans » requiert l’effort de faire taire un instant les bombardements de l’actualité, sans exclure la solidarité des peines partagées. « Nous femmes », profère la deuxième des trois sections, celle du rêve d’un affranchissement commun. Pas question de pardonner ni de refouler l’émotion étranglée dans la boucle du retour, mais de « dire – enfin/l’affolé l’obscur/le primordial/amour ».
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Avec Duologies, sa première monographie, l’artiste-photographe Lucie Rocher présente une œuvre élaborée avec rigueur, témoignant de la maturité ainsi que de l’élégance formelle et conceptuelle atteinte au terme de plus d’une décennie d’exploration et d’expansion du médium photographique. Formée à Paris, à New York et à Montréal, l’artiste est parvenue à inscrire sa pratique dans l’écosystème de l’art contemporain québécois, où elle a développé un parcours soutenu comprenant de nombreuses expositions et résidences, en plus de son activité d’enseignement à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).
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"nos suppressions" débute par le détail d’une feuille cornée. Un papier sans texte ni motif, aux contours altérés, est placé en couverture du livre sans rien énoncer. Cette apparition dépourvue de titre et de noms est le premier geste de Céline Huyghebaert pour nous faire entrer dans les 250 pages de ce livre-objet. Ce dernier nous offre une plongée dans le travail qui a occupé l’artiste entre 2016 et 2025. Elle y poursuit la tentative de constituer une archive fictive de l’artiste a., figure principale du livre aux côtés de la narratrice Céline Huyghebaert. La correspondance, les fragments littéraires et visuels, la citation et l’écriture au « je » tracent une suite de segments discontinus, comme autant de pointillés. L’artiste défait l’écriture linéaire d’une existence artistique en y intégrant ce qui n’a pas été réalisé : des œuvres fantômes dont elle cherche les absences. À partir de cette part manquante, Céline Huyghebaert s’attelle à donner une place à ce qui n’apparaît pas.
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Le quatrième album de la série Wendy, paru en 2024 chez Drawn & Quarterly, opère un changement subtil mais sérieux dans l’univers dessiné par l’artiste originaire de Kahnawá:ke, Walter Scott. On reconnaît le noir et blanc, le trait simple laissant place à la gamme d’émotions expri mées avec une intensité digne du Cri (1893) d’Edvard Munch, les personnages anxieux, insatisfaits, déprimés, naviguant dans le monde des arts visuels contemporains. De même, on reconnaît chez Wendy son alcoolisme, son incapacité à expliquer sa pratique artistique (calculée par l’auteur pour maximiser le potentiel de projection), ses mauvais choix, sa difficulté à s’engager. On pourrait croire que le changement réside dans l’angle méta, puisque Wendy, ayant publié depuis Wendy, Master of Arts en 2020 – une série autofictionnelle éponyme –, doit désormais se farcir les rencontres avec ses admirateur·rice·s et les récrimi nations de ses proches quant à la façon dont elle les a représenté·e·s. Ce serait oublier que l’auteur, fidèle à sa propre démarche autofictionnelle, ne fait que distiller les aléas de sa réalité dans celle de son alter ego : sa série a connu un véritable succès ici comme à l’international.
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Cette publication bilingue accompagnait l’exposition Traces – Les mémoires de la terre de la photographe montréalaise Linda Rutenberg, présentée à la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, du 8 novembre 2024 au 12 janvier 2025. L’album éponyme, survolant la seconde moitié d’une carrière de 30 ans, juxtapose ainsi 3 corpus liés au thème des traces fragiles d’environnements aux abois avec des sélections d’œuvres qui diffèrent en partie de celles figurant en galerie, tout en suivant le même ordre de sections. Ce trio d’essais photographiques témoigne d’un échange avec le paysage, le site physique ou l’environnement, comme l’explique en préface le cri tique John K. Grande. Ce dernier souligne de quelles façons Rutenberg a recours à la photographie pour sensibiliser le public à des aspects inaperçus de ce qui nous entoure. Une telle prise de conscience n’est qu’implicitement suggérée par une esthétique où les enjeux formels demeurent au premier plan, appelant de riches développements phénoménologiques. 
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Le travail de l’artiste Stéphane Gilot est fondé sur une vive tension : il se présente comme schématique, géométrique, fondamentalement visuel et cérébral, mais on le découvre aussi foisonnant, viscéral, nourri de littérature et attentif à la fragilité des êtres humains. L’orbe dérobé, magnifique exposition qu’il a présentée au Centre d’art contemporain Optica à Montréal au printemps 2025, révélait cette duplicité. Au centre de la salle, huit sculptures minimalistes colorées reposaient sur un grand socle en bois, tandis que sur les murs tout autour vibraient des centaines de dessins fébriles assemblés en séries, où l’on percevait autant des constructions improbables que des personnages se trouvant dans des situations troublantes. Paradoxale à première vue, cette rencontre entre une architecture d’inspiration suprématiste et un imaginaire surréaliste fait sentir l’angoisse que sous-tend toute utopie.
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(Texte) PRUNE PAYCHA Numéro 278 En 2018, le photographe Bertrand Carrière est invité en résidence à la Cinémathèque québécoise. De cette immersion dans les collections de l’institution naît d’abord un film : Tout ceci est impossible (2018). Plusieurs années plus tard, le projet prend la forme d’un…
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(Texte) FANNY BROSSARD-CHARBONNEAU Numéro 278 Ce livre délicat est blanc comme les murs d’un nouvel appartement. J’entre. Sur les premières pages défilent une série de petites annonces dénichées sur Marketplace, laissant entrevoir l’intimité de différents 1 ½ : ces appartements qui ne comptent…
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(Texte) EUNICE BÉLIDOR Numéro 277 Architecture of the Self: What Lives Within Us, de Mallory Lowe Mpoka, est à la fois un livre d’artiste et un livre d’art. Riche en photographies de son propre travail tout autant qu’en archives de la famille de l’artiste, ce livre-objet est pour Mpoka un médium de…
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(Texte) SEVIA PELLISSIER Numéro 277 Après près de cinq ans de travail, VU lançait en novembre dernier Je suis devenu le volcan, un livre photographique qui recense les expéditions artistiques de Reno Salvail sur près de trente ans. Décédé pendant le processus d’édition, celui qui a dédié sa vie à…