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(Coup d’œil sur l’international) CONNOR BOKOVAY et ISABELLA KRESSIN
Pepper's GhostGalerie Gern en Regalia, New-York (États-Unis). Du 19 février au 22 mars 2026 

L’exposition Pepper’s Ghost, présentée à la galerie Gern en Regalia, à New York, aux États-Unis, réunit en tandem les artistes montréalais·es Connor Bokovay et Isabella Kressin. Alternant œuvres individuelles et collaboratives, le corpus met en symbiose deux pratiques distinctes convergeant vers des préoccupations à la fois symboliques et matérielles, où l’identité de chacun·e se maintient tout en se diffractant dans celle de l’autre.
Visites
L’une des fatalités des ami·e·s imaginaires tient à leur disparition progressive de nos mémoires. Celui de la fille de Nicolas Fleming s’appelait Gérard Univers. Dépourvu de corps, il communiquait avec elle par l’entremise d’un téléphone filaire autrement non fonctionnel. Apparu en pleine pandémie, cet ami a généré de la joie là où il n’y en avait plus, tout en permettant à la famille d’aborder des sujets plus difficiles. En mémoire de son apport tangible, Fleming a souhaité fixer son souvenir ainsi que celui d’un quotidien imaginé. Pour ce faire, l’artiste adopte un protocole similaire aux jeux d’enfants afin de réaliser une installation composite bâtie de sculptures, de peintures et d’assemblages surprenants.
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Présentée à la Galerie Nicolas Robert, l’exposition The Cobbler’s Bridge de Simon Petepiece rassemble 14 œuvres murales – dessins gravés ou peintures sur gypse – ainsi que Crypt (2026), une installation qui occupe une place centrale dans la première salle. L’artiste montréalais s’intéresse aux environnements bâtis comme éléments porteurs de sens et de charges émotives. Détenteur d’une maîtrise en architecture de l’Université Carleton, à Ottawa, Petepiece développe sa pratique artistique en utilisant des matériaux et des procédés de construction qui furent l’objet de ses études. Cloisons sèches, plâtre, apprêt, montants en acier viennent composer ses œuvres murales et ses installations. Il s’agit de matériaux communs, industriels, bon marché, habituellement dissimulés, mais incontournables dans l’architecture contemporaine.
Dossiers
Orange 2018 : l’événement d’art actuel de Saint-Hyacinthe a été le cadre exceptionnel qui a permis aux jumelles que nous sommes de combiner nos domaines respectifs, l’agroalimentaire et l’histoire de l’art1. L’une agroéconomiste, l’autre historienne de l’art, nous avons embrassé notre gémellité et tissé des liens entre nos disciplines comme cocommissaires de l’événement. Nous formions plus qu’un simple duo de professionnelles unies de manière ponctuelle. Nous avions un bagage de plus de 40 ans de vie de jumelles à insuffler dans nos pratiques. D’emblée, le « je » est un « nous » aimanté par nos affinités. Nos territoires sont aussi faits de différences complémentaires qui s’appellent constamment. Nous ne pouvons pas envisager la vie sans l’autre.
Récits visuels
La collaboration est au cœur de ma pratique d’autrice et de commissaire depuis plus de 20 ans. Mon choix, et surtout mon envie, de travailler en binôme s’est fait naturel lement, façonné par mes rencontres et les affinités naissantes avec les artistes que j’ai croisé·e·s. Je vois ça comme une rencontre amoureuse, où l’on apprend à se connaître, à considérer l’autre comme un·e possible partenaire. Créer à deux exige de la confiance, le respect des limites de chacun·e, la prise de décisions en commun, le soin apporté à la relation ainsi que l’envie d’explorer ensemble. Chaque projet a impliqué la production d’une publication, un espace privilégié pour la cohabitation des pratiques. 2004
Dossiers
Nous créons dans un contexte où l’autonomie est devenue un impératif. L’artiste est sommé·e d’incarner une singularité identifiable, d’assumer l’originalité comme propriété. Le solo n’est plus seulement une forme : il fonctionne comme un modèle de subjectivation. Dire « je » ne relève plus d’une simple position grammaticale ; cela opère comme un qualificatif. Le « je » garantit l’authenticité, rend possible l’attribution.
Portraits
Parce que certaines œuvres demandent moins à être expliquées qu’à être traversées. À l’occasion de ce numéro consacré au duo, il nous a semblé impossible de réduire la pratique de Sarah Wendt et Pascal Dufaux à une seule voix. Depuis près d’une décennie, leur démarche fascine ceux·celles qui la croisent, laissant derrière elle des impressions persistantes, des images rémanentes et une sensation de déplacement vers l’ailleurs. Pour approcher cette œuvre singulière, Vie des arts a réuni Marie-Eve Beaupré, Marianne Cloutier et Jean-Michel Quirion. Plus qu’un portrait conventionnel, ce texte prend la forme d’un témoignage poly phonique porté par un envoûtement commun pour une pratique qui n’a jamais cessé de torpiller les repères. Avec ce duo, les certitudes vacillent au sein d’un univers qui semble suivre ses propres lois. Dans leur travail à deux, l’onirisme domine et l’inattendu a tout le pouvoir.
Éditorial
Il vaut mieux être seul·e que mal accompagné·e. Bien qu’il s’agisse d’un dicton populaire, parfois jugé dépassé, cet adage traverse les époques sans jamais perdre de sa pertinence. Mais qu’en est-il des bénéfices d’un binôme choisi, de l’expérience conjointe, du parcours partagé ? Que signifie « être à deux » – amicalement, amoureusement ou professionnellement – que ce soit dans la durée ou de manière ponctuelle ?
Lectures
« Un retour », indique le sous-titre d’Elle, Ulysse, dernier livre de Denise Desautels, paru au Noroît en 2025. Ce ne sont donc pas les tribulations de l’Odyssée, mais le retour suivant le long voyage qui occupe la poète montréalaise, maintenant octogénaire. Sauf qu’à la faveur de ce récit en éclatants poèmes phrasés, Ulysse ne retrouve pas son épouse, qui tisse avec ruse pour meubler le long temps de l’attente, mais sa mère tirant les fils d’une fille qu’elle veut « marionnette » (p. 45), incarnant des valeurs étriquées : « savoir-vivre bon langage bonnes manières/discrétion usage convenance/décence silence/Étiquette » (p. 55). Car Ulysse est une femme, comme l’Homère morte de l’écrivaine Hélène Cixous, et le projet d’écrire sur la vieillesse au féminin devient ici un grand ménage dans les « retailles à découdre » de la relation entre mère et fille-écrivaine. Plongée dans cette mythologie intime, cette « odyssée du dedans » requiert l’effort de faire taire un instant les bombardements de l’actualité, sans exclure la solidarité des peines partagées. « Nous femmes », profère la deuxième des trois sections, celle du rêve d’un affranchissement commun. Pas question de pardonner ni de refouler l’émotion étranglée dans la boucle du retour, mais de « dire – enfin/l’affolé l’obscur/le primordial/amour ».
Détours de l'été
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Les mains dans un buisson, je cueille des feuilles de persil de mer et des pétales de rose avec précaution. Le soleil plombe tandis que, entourée de vesce jargeau, de marguerites et de sapins, j’aperçois au loin, d’une part le fleuve, et de l’autre, les montagnes, que j’ai traversées en parcourant la route 138 pour venir à la rencontre de Karine Locatelli et du territoire qui l’accueille. Alors que nous cueillons et discutons, les abeilles bourdonnent, le vent souffle dans les arbres, l’odeur saline du fleuve effleure nos narines. Charlevoix s’invite dans la conversation.